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Épisode 7 – Le chien et la cage

chien en cage

Épisode 7 – Le chien et la cage

Aujourd’hui, je voudrais aborder avec vous un sujet qui me paraît important : la multiplication des cages d’intérieur pour chiens (autrement appelées Kennel). Nous ne parlerons donc pas de la cage de transport que l’on met en voiture ou dans l’avion mais bel et bien de la cage qui se démocratise dans nos salons.

Je commencerais cet article par une citation de M. André Escafre, comportementaliste canin, aujourd’hui (et bien malheureusement pour les chiens) décédé.

S’il est envoyé dans son Kennel dès qu’il est jugé dérangeant, envahissant, il prendra vite l’habitude de s’y réfugier de lui-même à la moindre contrainte de la vie. Le maître, ravi, y trouvera une justification du bien-fondé de cette niche. Il soulignera qu’il n’est même plus nécessaire de fermer la grille. Le chien s’y rendant et y restant de lui-même, il est persuadé que c’est un endroit qui lui convient particulièrement bien. Mais, en fait, que se passe-t-il dans le psychisme du chien ? Le chien, inhibé, freiné dans le développement normal et harmonieux de sa personnalité, développe une dépendance au Kennel qu’il utilise pour se soustraire aux contraintes de la vie, se replier sur lui-même.
La “boîte a névrose” est née.

Je ne perdrais pas de temps dans cet article à détailler plus que nécessaire, les rares cas où la cage peut être utile :

  • Immobilisation suite à une opération : fracture ou autre
  • Mise en sécurité du chien car :
  • Ils vivent en groupe et ne se supportent pas, donc en vos absences vous les isolez les uns des autres pour éviter qu’ils ne s’entretuent
  • Votre chien détruit au point de mettre sa vie en danger. (il allume le gaz, s’en prend aux prises électriques…)

Dans les cas sus-cités, la cage demeure donc un outil très temporaire : le temps du rétablissement, le temps de l’intervention d’un professionnel pour régler les problématiques comportementales. Comme le disait justement Hippocrate “le remède est dans la cause“, laisser votre chien en cage consiste à “cacher la misère” mais ne règlera en aucun cas le problème, jamais. Ceux qui imaginent le contraire se leurrent.

Voici quelques explications au sujet de la cage :

  • Premièrement : elle ne lui apprend rien ! Ni la propreté, ni à être sage, ni à se calmer. La seule chose qu’elle lui apprenne est “l’impuissance acquise” et, en ce qui me concerne, voilà bien un apprentissage que je ne veux pas pour mes chiens. Quel bénéfice d’apprendre à un être vivant qu’il n’a aucun pouvoir sur sa propre existence, qu’il ne peut que subir et que toute “rébellion” ne changera jamais rien à sa situation. Voilà pourquoi les animaux en cage ne luttent pas, ne luttent plus. Votre chien n’a pas appris à être propre car il est en cage, il se retient autant qu’il peut car il n’aime pas se souiller ! Votre chien n’a pas appris à ne pas détruire car il est en cage, ils ne peut simplement pas le faire ! Votre chien n’est pas plus serein dans sa cage, il est simplement résigné.

Définition de l’impuissance acquise selon Amy Goodman et Jane Mayer : “L’impuissance apprise (impuissance acquise ou résignation acquise) est un sentiment d’impuissance permanente et générale qui résulte du vécu d’un animal ou d’un humain. Ce sentiment est provoqué par le fait d’être plongé, de façon durable ou répétée, dans des situations (factuellement nuisibles, mais aussi bénéfiques) en lesquelles l’individu ne peut agir et auxquelles il ne peut échapper. L’impuissance apprise se rapproche de la dépression, de l’anxiété, et du désespoir, et est corrélé à ces types de souffrances psychiques.

  • Elle le prive, de longues heures, de sa liberté de mouvement. Un chien est fait pour se déplacer à sa guise. Dans la nature, entre deux siestes, les canidés se déplacent : que cela soit pour chasser ou explorer leur territoire. Leur métabolisme, pour être sain, a besoin de mouvement.
  • Elle l’oblige à rester au sol : Dans la nature encore, on peut constater que les chiens se placent bien souvent en hauteur, afin de mieux observer leur territoire. Voilà, l’une des raisons pour lesquelles, votre chien aime se poster sur le lit, le canapé et même certains sur les meubles ! Vous inhibez donc un comportement naturel et augmentez ainsi son stress.
  • Non l’analogie du terrier ne marche pas ! A partir de 25 jours un chiot a besoin d’explorer pour se développer. Il ne rejoindra le terrier que pour se protéger de prédateurs, faire une sieste ou s’abriter des intempéries (a priori des choses qui n’arrivent pas dans votre salon !). Il s’agit donc d’un outil transitoire entre la vie de bébé et la vie d’ado (3 mois et plus). A la maison, le côté transitoire s’efface donc puisque la cage devient permanente.
  • Vous apprenez à votre chien à fuir les problèmes : au lieu d’affronter les situations anxiogènes, votre chien va prendre l’habitude de fuir toutes les situations qu’il ne maîtrise pas ou contraignantes pour lui. Il va perdre sa capacité d’adaptation et d’apprentissage, il va apprendre la fuite en avant, le repli et ne cherchera plus à analyser ou à comprendre une situation pour y faire face.
  • La cage est une prison mentale : si vous mettez en cage votre chiot, vous empêchez son développement normal et naturel, vous empêchez l’expérimentation et la découverte de l’environnement, éléments indispensables à la construction d’un chien adulte équilibré. Dans le cas du chien adulte, vous réduisez sa capacité d’agir à néant, il est soumis à votre bon vouloir même pour ses propres déplacements dans ce qui est aussi sa maison à lui ! Comment l’imaginer s’épanouir, développer sa psyché en l’empêchant d’exister par lui-même ?

Quelques réponses aux commentaires des “favorables à la cage” :

  • Mon chien s’y sent bien, il est heureux, il y va de lui-même !” : Non, le chien n’y est pas heureux, il s’y sent en sécurité, alors qu’il devrait se sentir en sécurité dans l’ensemble de la maison. Il se soustrait aux contraintes normales de la vie. En un certain sens, vous l’avez conditionné à s’y sentir bien. Combien de prisonniers angoissent à leur libération après avoir été confiné pendant des années ? C’est normal, la vraie vie en fait c’est moins simple, c’est plein de contraintes, de choses à affronter, ça demande de l’adaptation, de la réflexion…
  • Sans ça mon chien me détruit la maison” : Renoncez à avoir un chien OU éduquez-le, et si vous n’y arrivez pas tout seul (ce n’est pas un crime), faites appel à un pro. Un chien bien dans ses pattes ne ravage pas une maison une fois qu’il est adulte. Même un chiot ne ravage pas une maison, il pourra faire quelques jolies bêtises mais les destructions massives sont des signes d’angoisse, de malêtre ou d’une vie inadaptée (manque d’activité par exemple).
  • Grâce à la cage mon chien est devenu propre” : Non, le chien est devenu propre car il a grandi et a appris à maîtriser ses sphincters. Chiot, vous l’aurez obligé (incapable de se retenir pauvre bébé) à patauger dans ses excréments en l’enferment dans sa cage. Majorité d’animaux sont naturellement propres et préfèrent se tenir éloignés de leurs besoins. Si votre chien adulte n’est pas propre, il y a un problème, que la cage ne résoudra pas.
  • C’est son chez lui, il y  va dès qu’il veut être tranquille” : on en revient à la fuite en avant. Le chien ne fait plus face, le chien se réfugie. Au lieu de se confronter à la réalité ou d’exprimer son “désaccord” face à une situation malaisante pour lui, il s’y soustrait en se cachant.
  • La cage lui permet d’échapper à mes enfants” : il faut donc qu’il leur échappe ? C’est à moi que quelque chose échappe ! Quand avez-vous imaginé qu’éduquer les enfants (et le chien) était une option ? Et l’argument de l’enfant tout petit n’en est pas un non plus. Quand un enfant est trop petit pour comprendre des explications et les écouter, cela veut dire qu’il est également trop petit pour qu’on le lâche une seconde du regard.
  • C’est sa chambre à lui, comme avec mes enfants, ils aiment avoir leur intimité dans leur chambre” : cessez donc de comparer la construction psychique d’un enfant humain et d’un chien ! Cette comparaison n’est plus faisable passé l’âge de 2/3 ans, c’est à cet âge humain que leurs routes se séparent, l’âge mental de votre enfant va continuer à évoluer (enfin souhaitons-le!), pas celui de votre chien. Votre chien ne veut pas d’intimité dans sa chambre, pas plus que votre gosse de moins de 2 ans, c’est vous qui voulez la paix avec l’un qui chouine dans son lit et l’autre dans sa cage !
  • Si on lui apprend à aimer sa cage tout va bien” : Preuve s’il en est que la cage n’a rien de normale ni de naturelle, si cela était le cas vous n’auriez rien à lui apprendre. Vous ne lui apprenez pas à l’aimer, vous lui apprenez qu’il n’a pas le choix et qu’il doit s’y résigner, nous revenons donc à l’impuissance acquise ; impuissance qui deviendra habitude, qui deviendra conditionnement, qui deviendra repli sur soi…

Nous espérons, au travers de cet article, vous avoir éclairé sur l’ensemble des aspects très négatifs qui représentent la mise en cage pour un chien. A une époque où nous commençons à réaliser et à prendre en compte que la place des animaux n’est pas en cage, nous commençons à y mettre nos chiens. Cette incohérence nous laisse sans voix…

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